Il était une fois un petit lutin du nom de Salomé, qui gambadait joyeusement à travers la campagne,
bondissant, chantant, et jouant du flûtiau. Partout où il passait, les enfants lui couraient après, essayant sans succès de l'attraper. Et les grandes personnes (que j'appelle ainsi bien que toutes les personnes soient grandes pour un être de cette taille) souriaient, disant "Voilà encore cet insaisissable lutin ! L'attrapera-t-on un jour ?". Je dis il, mais c'était en réalité une elle, une lutine. Hélas, nul n'arrivait jamais à discerner le visage de Salomé tellement elle courait vite, et on l'appellait communément le lutin.
Un jour qu'elle trottinait, une pomme à la main, en sifflotant un air du temps passé, elle arriva dans le royaume de la terrible Fanny. Celle-ci était connu pour ses humeurs terrifiantes et sa capacité à briser le verre de par ses cris. C'était également une chasseuse féroce, et dans sa collection il ne manquait que trois pièces de choix : le Grand Gnou, la Tildou Sylvestre, et un lutin... Il advint qu'elle vit Salomé, goûtant le repos des braves sous l'ombre bienveillante d'un arbuste, pendant qu'elle effectuait sa promenade. Elle sonna la charge, et aussitôt cent marauds coururent vers le lutin, qui tel un éclair disparut dans le lointain. "NON MAIS J'HALLUCINE !!!!" hurla la reine Fanny, provoquant la mort de plusieurs paysans alentours. Ils furent les premiers d'une longue liste, la souveraine tentant chaque jour d'attraper le petit être, lançant mille poules, une légion de bonnes femmes ou même l'armée entière de ses gens à sa poursuite. Salomé s'amusait beaucoup de ces courses et s'attardait dans ce royaume peu hospitalier, lequel du reste n'était pas d'une grande menace pour elle. Car elle possédait les bottes de quatre lieues, certes le modèle en dessous de celui utilisé par son cousin le Petit Poucet, mais amplement suffisant pour échapper à tout ses poursuivants.
Quand le soleil partait se coucher à l'horizon et que les servants dévoués de la reine, accablés par une journée de course, se réfugiaient dans sur une paillasse pour dormir, Salomé sortait son flûtiau et charmait les alentours avec ses féériques mélodies...Fanny écoutait inlassablement, et n'en désirait le lutin que plus. Cependant, les jours passant, elle se demanda ce qui se passerait si elle réussissait un jour à mettre la main sur sa proie. Il faudrait l'empailler, et alors on entendrait plus jamais ces notes semblant cristalliser l'éther. Peu à peu la reine commenca à éprouver pour le lutin un amour chaste, mais débordant. Elle ne désirait que deux choses : l'écouter jouer, et le toucher, au moins une fois. Elle cessa toute poursuite, comprenant que nul ne pourrait priver cette créature de sa liberté par la force. Mais comment la toucher, comment lui dire son affection ? Fanny essaya, des mois durant, de s'approcher lentement de Salomé. Cette dernière, méfiante, fuyait à la vue de la reine. Et puis, un beau jour où les couleurs du printemps commencait à resplendir, elle la laissa s'approcher, un peu. Puis le jour d'après, un peu plus encore. Et encore le surlendemain. Lentement, Fanny put réduire la distance qui la séparait du lutin.
Une nuit, celui-ci fit semblant de dormir, et la reine prit l'initiative d'approcher l'objet de son aimable affection le plus possible. Là, quand la lutine fut à la portée de sa main, elle ne la saisit pas comme elle l'eut fait dans le passé, non, elle carressa doucement sa tête, puis le contour de ses oreilles, cependant que Salomé ronronnait de plaisir. L'agréable scène se prolongea longtemps, et dès lors, pour la reine et la lutine, entre les caresses et la musique, tout ne fut plus qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté...
Moralité:
On voit bien ici que la musique adoucit les moeurs,
Fussent-elles les plus violentes de la Création ;
Et souvent, les gestes, plus que les mots malhabiles de votre modeste conteur,
Du coeur savent exprimer les inclinaisons.
<par le Guerrier Viking>